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Performance théâtrale de 12h

... jouer toute une nuit, de 21h à 9h du matin

Vendredi 28 avril 

Salle de sports de Cunlhat (63)

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Marianne assassinée

La genèse

En 2019, je rencontre Étienne Russias, alors programmateur à l’Institut Français de Kinshasa (Congo) qui me fera venir pour mener des ateliers et écrire la seconde partie de Requiem pour un smartphone. De retour en France, Étienne monte à Ambert (63) l'association Semer en territoire pour explorer des formes originales et participatives autour de l'oralité.

En 2021, alors qu'avec Bulles de Zinc on l'invite comme poète/slameur lors d'une rando-poésie, je lui parle de mon envie de jouer au moins une fois dans ma vie, 12h durant. 

L'idée est folle d'autant que le spectacle n'est pas écrit... Étienne est un de ceux que l'originalité séduit, il n'a pas peur de tenter des choses incroyables, surtout si elles portent en elle ce qu'il faut de poésie. Il me dit "Banco, on va le faire mais à 2 conditions : il faut écrire un polar car cela tiendra le public en haleine et le spectacle devra être participatif. On se dit aussi que la nuit, ce sera très bien pour un polar : le spectacle commencera donc à 21h pour se terminer à 9h le lendemain matin !

L'écriture en amont

En 2022, Étienne va mobiliser des associations (l’université Populaire avec des ateliers philosophie, dessin, écriture, théâtre, une association de danse hip-hop, la radio locale, des ateliers d'écritures avec Semer en Territoire) mais aussi des personnes : une vraie avocate jouera le rôle de la procureure, un vrai médecin celui du médecin légiste...

Cette même année, je me plonge dans une littérature que je connais pas - ou trop peu. Je dévore des polars et 3 livres vont retenir mon attention ; je m'appuierais sur eux pour la structure du spectacle : Seuls les bêtes de Colin Niel, Sylvia d'Howard Fast et Le couteau de Jo Nesbo,

Fin 2022, je vais à Ambert rencontrer les personnes qui se sont lancées dans l'aventure ; de retour chez moi je commence l'écriture de ce spectacle. J'ai largement sous-estimé l'ampleur de la tâche. 12h de spectacle - sans entracte, c'est vraiment long à écrire, d'autant que c'est un crime, qu'il faut que le public entende au mois 2 à 3 fois chaque indice car nul ne pourra suivre l'intégralité. Il faut aussi permettre au public de s'endormir s'il le souhaite, on installera des matelas pour ça... ce qui veut dire qu'il faut qu'entre 2h et 7h du matin, il n'y ait aucun éléments essentiels à la compréhension du crime.

Début mars, je me rends compte que je suis vraiment à la bourre, et que j'ai oublié un élément en apparence anodin mais qui sera décisif : si on prend 5 mn de retard par heure, alors le spectacle fera 1h de plus !!! 13h au lieu de 12, on ne peut pas se le permettre ! Je vais donc reprendre la suite de l'écriture mais en chronométrant tout. Je passerais un mois de mars épuisant à écrire, chronométrer, estimer le temps pour le jeu théâtral et les déplacements du public. Je raccourcis des passages, en allonge d'autres, j'aménage des moments où je pourrai dans la nuit récupérer un éventuel retard ou une avance. Intégrer aussi au spectacle les moments de repas (collation dans la nuit et petit déjeuner) pour faire que même pendant ces temps là, jamais le spectacle ne s'arrête.

J'écrirai jusqu'à 20h d'affilé certains jours, des nuits courtes, très courtes, trop courtes. J'arriverai à Ambert fin Mars, épuisé... mais le texte fini... enfin presque !

La résidence

Fin mars, j'arrive donc pour un mois de résidence à Ambert. je passe dans chaque association pour faire la mise en scène de leurs interventions, je mène aussi des ateliers d'écriture où les textes sont intégrés au spectacle. Je reprends chaque heure de cette future nuit, pour l'adapter, la peaufiner. Un très chouette moment.

Je répète aussi avec Laurent Cinus, guitariste et violoniste, qui a relevé le défi de m'accompagner dans ces 12h. Excellent musicien et à l'écoute de ce qui se passe, nous aurons durant cette dingue nuit, une très belle complicité.

Durant cette résidence, je continue aussi ma préparation physique (footing, corde à sauter, haltères, punching ball) car je joue le rôle d'un boxeur.

Le spectacle raconte l'histoire d'une jeune activiste qui met en scène son corps dans des performances d'art contemporain. Elle va être assassinée alors qu'elle s'est représentée en Marianne, symbole de la République où elle tiendra une immobilité de plusieurs heures.

Le choix du personnage de boxeur est là pour jouer du fond sur la forme : durant 12h, je pousserai moi aussi mon corps dans ses limites : aucune pause, avec un effort physique parfois important à fournir en plus de la performance de théâtre.

Avec Étienne, nous avons voulu questionner le rapport entre art et politique, entre art et libéralisme (via le fondations / le mécénat). J'en profite pour explorer des rapports au corps extrêmes à travers des vraies performances (Marina Abramovic, Chris Burden, Hermann Nitsch...). J'en profite aussi pour questionner l'art contemporain : faut-il tout accepter au nom de l'art ? Qu'elles sont liens parfois malsains entre art et jeu des marchés financiers ?

Le jour approchant, j'essaye de dépasser mes appréhensions : est-ce que l'énigme policière tient la route ? Est-ce que ma voix va tenir pendant 12h ? Est-ce que je ne vais pas me retrouver à jouer parfois devant un public complètement endormi, me retrouver seul face à des ronflements ?

Le spectacle a lieu dans le gymnase de Cunlhat, près d'Ambert, un lieu qui permet de faire déplacer le public, de mettre la soixantaine de matelas qui permettrons aux personnes ayant réservées de dormir ; il y a des gradins pour les autres et les voisins de passages.

Vendredi 28 avril 2023, jour du spectacle

Voilà le résumé : A 21h, une (vraie !) avocate fait une réquisition contre l'accusé, celui-ci a 12h pour se défendre. Une nuit donc.

Une nuit de lecture, de théâtre et de rebondissements. Une nuit que va partager le public qui peut, bien sûr, s'endormir et se réveiller à sa guise. A minuit, l'heure du crime, il y aura le coup de théâtre de cette histoire. Puis une plongée dans l'intimité mystérieuse de la vie de la victime. A 9h le lendemain matin, l'énigme est résolue... à moins que le public ne l'ait dénouée avant.

Quant aux jurés... c'est vous !

Cette nuit sera magique ! Ce sera mon plus grand souvenir sur scène, un coup d'adrénaline puissant, un plaisir inexplicable.

Le côté participatif marche très bien : avec les personnes qui étaient prévues sur des séquences précises mais le public aussi joue le jeu de s'associer à des moments : une scène ouverte, une boum, un débat philosophique... au petit matin, il n'y plus de frontières entre artiste et public, nous sommes un groupe qui a passé une nuit banche, un groupe qui s'est construit en complices.

 

Ce moment devait être unique. Suite à l'énorme plaisir que j'ai eu à le jouer (et le mot est faible), je décide d'en faire un vrai spectacle de Bulles de Zinc, que je propose à des théâtres.

 

marianne assassinée.jpg

L'intrigue ?

Nous sommes entre les deux tours des élections présidentielles.

Dans le cadre d'une opération de décentralisation de la culture,

le Centre Pompidou a fait installer sept œuvres d'art dans sept

communes rurales à travers la France. L'une d'elle, présentée

dans une commune du Livradois-Forez, fait parler d'elle : sur un socle, une femme pose,

costumée en Marianne - symbole de la République, un couteau dans le ventre, assassinée.
L’œuvre est polémique : certaines personnes y voit la mort de l'art, d'autres celle de la politique, d'autres
encore préfèrent fermer les yeux sur une mise en scène macabre, d'un réalisme de mauvais goût.
Le soir, on découvre que la mise en scène n'en n'était pas une : la femme a véritablement été assassinée.
Qui a-t-on tuée ?
La république ? L'art ? Ou bien Lola, la femme qui jouait le rôle de Marianne, connue pour ses poèmes
engagés sur l'urgence climatique et ses performances sur la liberté d'expression ?

Projet issu du partenariat :

association Semer en Territoire, réseau Passeurs de mots, Université Populaire de la Dore,

festival Polar en Livradois-Forez d'Auzelles, Communauté de communes Ambert Livradois-Forez (Puy de Dôme) et Bulles de Zinc.

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© 2016 par Bulles de Zinc.

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